Québec, c’est pas juste une radio

Petit topo ramassé sur Facebook

Dans la vie, quand on tente de définir quoi que ce soit, on le fait toujours par comparaison à autre chose. Un cheval est un cheval parce qu’il n’est pas une vache, un cheval est un cheval parce que, contrairement à une vache ou à une chaise, il galope, il se fait dresser et monter, il a une longue crinière, etc.

J’ai donc demandé à la communauté Facebook ce que c’était que la réputation de la ville de Québec et j’ai analysé les réponses des gens selon le lieu d’où ils venaient, présumant que ça teinterait leur jugement (quand on vit au Yémen, on trouve qu’il fait froid à Québec, mais quand on vit à Iqaluit, ce n’est probablement pas cette particularité-là qu’on remarquera en premier).

Je vous soumets mes trouvailles et mes conclusions.

Vous étonnerai-je? Beaucoup de gens de Montréal semblaient prendre un malin plaisir à jeter l’opprobre sur Québec en mentionnant les mêmes sempiternels clichés (qui ne sont pas tous des clichés pour rien, j’en conviens) : une ville de fonctionnaires, réactionnaire, fermée d’esprit, xénophobe, rangée, confortable, à droite, amateure de radios-poubelle, etc., vous connaissez l’histoire.

D’autres gens de Montréal croyaient que la jalousie de Québec vis-à-vis de Montréal l’avait rendue amère et indûment critiqueuse de la métropole (c’est vrai que les Réseau Liberté-Québec, Radio-X et consorts ne donnent pas l’impression aux Montréalais que Québec entretient une relation saine avec son grand frère…), et que c’est de cette amertume qu’était née toute la légendaire rivalité entre les deux villes, Montréal n’ayant aucune responsabilité là-dedans. Ils disaient, en gros, que Montréal n’en avait rien à foutre de Québec, ne la détestait pas du tout et ne parlait à vrai dire jamais d’elle (ce qui, on l’a vu au premier paragraphe, n’est pas tout à fait vrai).

D’autres Montréalais adoraient Québec en projetant de venir y vivre. Peut-être que Montréal se fait ainsi vider de ses amants de Québec et que cela entretient encore plus l’idée un peu nounoune selon laquelle on ne s’aime pas, puisque ceux qui aiment l’autre ville s’en vont vivre dedans…

Les gens des régions étaient plus gentils (c’est dans leur nature). Ils parlaient d’une ville qui a tout, une ville où émerge beaucoup de nouveau, mais qui ne se prend pas pour le boutte de la marde et qui ne souffre pas des désavantages d’une grosse ville. L’un d’eux disait qu’il n’y avait que les Montréalais qui n’aimaient pas Québec (ils se trompaient : il y a aussi beaucoup de gens de Québec qui n’aiment pas Québec, mais ça, c’est un comportement typiquement québécois, au sens large!). Un avantage de Québec? On y parle français. Ouch. Quand c’est rendu qu’on en parle comme d’un avantage d’un endroit du Québec… c’est pas bon signe pour la langue. On distingue parfois les qualités de la ville de la petitesse d’esprit de ses habitants (comme : « Cette ville a tous les atouts pour devenir une grande capitale internationale, mais ses habitants pensent trop petit pour ça! »)

Et les gens de Québec, eux autres? Ils avaient une attitude à l’image du peuple québécois. Une bonne partie disait qu’elle était merveilleuse, qu’elle avait énormément de potentiel et qu’elle rayonnait d’ailleurs de par le monde, une autre partie chiait dessus comme si sa vie en dépendait. Beaucoup, excédés, laissaient tomber que, quand même, Québec c’était pas juste une radio.

Mais il y a un point que quelques personnes ont soulevé et que je trouve essentiel, c’est la distinction entre Québec-quartiers-centraux et Québec-banlieue (on s’entendra sur le fait qu’il y a un monde entre les deux) : « Y a le petit village de Québec, où on y retrouve une certaine vie, et y a l’immense banlieue de Québec, qui barre sa porte, qui ferme ses stores, qui veut son confort. » Pas très gentil pour les banlieues, m’enfin, ceux à qui le chapeau fera…

Et puis, parmi les commentateurs, il y avait les étrangers, qui adorent Québec et qui en disaient à peu près ceci : les gens sont super accueillants (bon, ça, on commence à le savoir : un Québécois, peu importe sa provenance, c’est smatte), la ville est superbe, pleine d’arbres, propre, relaxante, avec plein d’activités culturelles et de spectacles pour à peu près n’importe qui, une ville à échelle humaine avec une grande ouverture d’esprit où il semble faire bon vivre et élever des enfants, etc. Et imaginez, ces commentaires-là venaient majoritairement de Français, qui, tant qu’à faire des généralisations et à parler de réputation, sont généralement jamais contents. Ça fait que… ça doit pas être si pire, chez nous, dans les faits.

Avec tout ça, on pourrait arrêter de considérer Québec comme une série de différences par rapport à Montréal. Oui, elle est aussi ça, mais elle est tout autant cette ville agréable que la plupart du monde apprécie beaucoup et trouve ben le fun. En fait, la trâlée de visionnaires qui s’activent à Québec dans plein de milieux différents fait partie de ceux qui trouvent dans leur ville de grandes doses de progressisme, de création, d’originalité et de vie, et qui sont stimulés par tout ça. Ce sont eux qui la font avancer et briller. Et ceux qui chialent et qui introjectent l’image que les critiqueux font d’elle participent probablement plus à la faire stâler qu’à toute autre chose…

Catherine Dorion