Rallumer les bougies

Fouish fouish des suits de ski-doo des années 1970, crounches crounches des trottoirs enneigés, fanfares entraînantes, trompettes enjouées… Il y a beaucoup de bruits dans mes souvenirs carnavalesques d’enfance, mais il y fait déjà un peu noir.

Je me souviens d’une époque où le fameux défilé de nuit du Carnaval de Québec, la «parade», passait par le boulevard Charest dans Saint-Roch. Notre appartement sur Langelier devenait le quartier général où les tantes, oncles, cousins et cousines de la banlieue débarquaient avec leurs provisions et vêtements chauds. C’était une des rares occasions, outre Noël et le jour de l’An, qui rassemblait la famille élargie.

La rue Sainte-Thérèse, avec ses monuments et la Voûte à Ti-Père, antre du Caribou, devenait la main de Saint-Sauveur; c’était le bon temps pour son dépanneur! Les résidents entraient dans le jeu et façonnaient devant chez eux des monuments que nous escaladions tels des petits conquérants. La Soirée de la bougie télévisée s’écoutait en famille, dans l’anticipation du couronnement, et alimentait les conversations du lendemain. Pour encourager notre duchesse, nous achetions des bougies vendues de porte en porte par ses dizaines de bénévoles. Nous les regardions brûler, cherchant dans la cire fondante une trace de couleur, signe d’un prix gagné.

Plus que tout, je me rappelle un évènement rassembleur, dont les échos résonnaient à travers les duchés, dans nos quartiers et jusqu’à Lévis. Notre carnaval n’en rayonnait pas moins hors Québec. Bonhomme a vu du pays, son bal au Château Frontenac a même reçu Grace Kelly!

On peut se désoler, aujourd’hui, qu’il se soit éloigné de nos quartiers. Reste que ces derniers, comme nous-mêmes au fil du temps, ont bien changé… Après une ère de glace, la Revengeance des duchesses, EXMURO arts publics, le Complexe le Cercle, et bien d’autres encore tout au long de l’année font des étincelles dans nos rues saint-rochoises. À nous de rallumer les bougies!